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Mathilde (et ses villes)


Paris
Je hais la ville. Avant, j’avais des rêves de toits parisiens, de thé fumant et de chat ronronnant sur mes genoux au rythme de la vie des rues. Avant, je pensais aux phrases glissées, aux conversations poussées, aux banalités aguichantes qui m’attendraient à chaque coin de rue et je souriais. Avant, j’imaginais les portes ouvertes des théâtres, des musées, des bibliothèques et j’avais soif de savoir. Mais j’ai vécu le tourbillon épuisant des corps serrés et mes poumons atrophiés. J’ai renoncé à mes chimères et pris mon sac à dos. 

Canterbury
It’s cold, the back alley is dark, and I am bored. The rain twinkles like shards of glass coming from the sky and I jump from one circle of light to another. There are red monsters at each corner and I fly past them. Left and right, right and left, no one is here and I run across the battlefield. The metal carcasses I have to ride in the morning are asleep. In the background of my head, the never-ending noise of the riding stream is getting louder. Soon, I will reach my goal. I carefully tip toe around wet cobbles and landmines. I dodge the limping figure coming toward me. Finally, I push the door : light and reality dazzle me.

Gand
Les derniers rayons du soleil éclairaient la flèche de la cathédrale Saint-Bavon. La barque filait sur l’eau et le rire des jeunes gens éméchés et amourachés couvrait le bruit du moteur. En passant près du Quai aux herbes, ils firent signe aux passants. C’était jour de fête et les terrasses des cafés étaient pleines de gens heureux. En avançant, la petite bande entendit les portes du château se refermer sur les derniers touristes. Depuis longtemps, les canons ne pointaient plus vers l’intérieur de la ville que pour l’anecdote. Mathilde aurait pu amarrer la barque près du bar à peket, comme elle en avait l’habitude, mais cette fois-ci, elle préféra continuer et filer vers le port où elle arriverait sans peine à trouver une table au chaud pour ses amis. 

Lille
Le bruit s’approchait. Du tunnel sombre à sa gauche allait bientôt émerger une de ces bêtes qu’elle observait depuis maintenant quelques minutes. Elles allaient et repartaient de manière régulière, sans jamais se plaindre de la masse vivante qui les colonisait. Le vrombissement se fit entendre et les flancs transparents s’ouvrirent en glissant. Une multitude de corps de chaire passèrent d’un monde à l’autre sans sourciller, mais cette fois-ci, lorsque le cri de détresse se fit entendre, Emma sauta à l’intérieur. Elle était dans le nez de l’animal et caressait sa joue de fer. En se redressant un peu, elle pouvait voir ce qu’il voyait, deux lignes qui filaient dans le noir. Lorsqu’il commença à se hisser péniblement, la vieille femme sentit la paroi métallique se tendre. En découvrant à perte de vue des êtres cubiques immobiles dans la lumière grise, elle comprit pourquoi. A toute allure, la bête fila à travers ce monde hostile avant de glisser avec entrain dans les méandres souterrains. Emma en avait vu assez. Au prochain arrêt, elle s’éclipserait.  

Tourcoing
Quand elle avait annoncé autour d’elle qu’elle allait vivre à Tourcoing, les gens lui avaient parlé de la misère sociale et du taux de chômage. C’était BFM TV en boucle, à toutes les sauces, compatissante, inquiète, désapprobatrice. Même les impôts l’avaient prévenue : Zone Tendue. Elle avait compris qu’elle allait sûrement raquer moins d’un mois de salaire pour son duplex, en janvier. Ça l’avait mise de bonne humeur. Bien sûr, les grillages autour du parking, ça avait un côté flippant, mais de toute façon, la porte restait ouverte H24 pour que la mamie du premier puisse passer avec son cabas. Parce que c’était ça, la vie, là-bas. Le matin, slalomer entre les poussettes et les gosses. Le soir, rentrer du métro dans l’air glacial et répondre au bonjour du dealer, toujours très pro, qui commençait sa journée. Le dimanche, prendre des saucisses de poulet chez Aziz et s’engloutir des dizaines de pâtisseries au miel en regardant les toits de la ville. 

Milton Keynes
I was promised the New Land 
I was promised an easy life 
And I came. 
But all I got was walls and concrete. 
Trees pushed back on the edges
And the surroundings tore up by roads and trains. 
And round and round I go while I see my life go by.